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Chapitre 3 : Au service des grands hommes
LA CHUTE DE DESCHANEL

 

Parfois, le pouvoir rend fou. Mais sous la IIIe République, la Présidence de la République est devenue une fonction essentiellement honorifique, à peu près dépourvue de toute capacité d’action. Alors comment expliquer la mésaventure arrivée à Paul Deschanel ?

Ce 23 mai 1920, le vainqueur de Georges Clemenceau à la récente élection présidentielle monte dans le train de vingt et une heures vingt en gare de Lyon. Il se rend à Montbrison pour inaugurer un monument à la mémoire d’un ami sénateur mort à la guerre. Il donne ses ordres pour le lendemain matin et s’enferme dans sa cabine-couchette. Quand, au petit jour, son majordome vient le réveiller : pas de réponse. Il insiste, appelle les secrétaires. La porte est enfoncée... la cabine est vide !

Au même moment, un garde-barrière près de Montargis se pose des questions. Devant lui, un homme en pyjama, de toute évidence tombé d’un train, qui lui assure : " Je suis le Président de la République ! " André Radeau sait bien que le Président se distingue parfois par certaines bizarreries. La rumeur prétend ainsi qu’il aurait un jour grimpé à un arbre lors d’une promenade avec deux députés dans le parc du château de Rambouillet. Ou signé des décrets sous le nom de Napoléon...

Mais Madame Radeau est convaincue qu’il s’agit d’un important personnage. Ils avertissent donc les autorités... Dans le train présidentiel, informé durant la nuit qu’un homme venait de tomber sur la voie, personne n’avait envisagé qu’il puisse s’agir du chef de l’Etat. Mais au matin, il a bien fallu se rendre à l’évidence, et une délégation s’est précipitée à sa recherche...

Le 25 mai, Deschanel préside normalement le Conseil des ministres, mais la rumeur de sa folie s’étend bien vite. Elle est propagée par ses adversaires politiques, dont Clemenceau, et relayée par journaux et chansonniers : la calomnie va bon train. Rien ne sera prouvé, mais en septembre, Deschanel, fatigué et désabusé, donne brutalement sa démission...

LES PLUS BELLES HISTOIRES DES TRAINS, Timée Editions, 2003, p. 56
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