Chapitre 6
Roland Garros insolite

Lettre à Henri

Troisième tour des Internationaux 1986. Henri Leconte affronte sur le Central le solide Brésilien Cassio Motta, l’un des joueurs les plus fair-play et les plus appréciés du circuit. 6/1 6/3 pour Motta en un peu plus d’une heure. Le moins que l’on puisse dire est que l’affaire est mal engagée.

Henri a sa tête des mauvais jours. Il est impatient, irrégulier, monte à la volée sans préparer ses attaques. Il est redevenu un joueur vulnérable, et au troisième set, le courant ne passe plus avec l’entourage au bord du court. Henri s’est refermé comme une huître et les jeux défilent…Mais, alors que les jeux semblent être faits, vers la fin de ce troisième set, une idée me vient à l’esprit. Je suis alors le coach d’Henri. Sûrement très irrité contre lui-même, Henri continue à jouer mais, depuis quelques minutes, sans me jeter le moindre coup d’œil entre les points. C’est décidé, je vais lui écrire un mot !

Je griffonne quelques phrases : « On est avec toi. On a confiance. Calme-toi. Prépare tes attaques plus soigneusement et surtout joue ton jeu au filet. On t’embrasse. » Ces mots sont écrits sur le carton d’invitation dans la présidentielle de Michel Leeb !Mais comment le lui faire passer ? A 6/5 pour Motta, au changement de côté, je donne le carton, après l’avoir plié en deux, à Béatrice Leeb, alors enceinte de huit mois et demi, et lui demande (elle est « insoupçonnable ») de le remettre à un ramasseur en cachette pour qu’il le transmette à Henri… Bien sûr, c’est totalement interdit par le règlement…Le « facteur » est parti. Le pli arrive dans les mains d’Henri qui le lit, se lève, revient de notre côté pour servir et lance : « Tu ne pouvais pas le dire plus tôt, pauvre con ! ». Dans la loge, nous sommes interloqués mais très heureux. la combine a fonctionné, il y a eu électrochoc. Henri égalise, sauve deux balles de match dans le tie-break et gagne les deux derniers sets 6/0 6/0. Un régal… !

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