 |
Le quotidien libéré 
Emanation d’intellectuels gauchistes
surdoués, le quotidien Libération est créé en
1973. A son comité de direction siège Jean-paul Sartre,
qui abandonne le journal quelques mois plus tard, atteint de cécité.
Après avoir accepté de prendre la direction du journal
maoïste La Cause du Peuple, Sartre se lance dans l’aventure
de la presse engagée, avec passion, voire même exaltation
et sans aucune concession. Il soutient la création de l’Agence
de Presse Libération puis du quotidien éponyme, aux côtés
des groupes gauchistes sortis tout fraîchement des facultés
bouillonnantes de Mai 68.
C’est en février 1973 que paraît pour le premier exemplaire
du journal, qui deviendra rapidement et pour tous, Libé. Le projet
mûrissait depuis de longs mois déjà, avant que les
kiosques n’en distribuent le numéro un. Totalement impliqué dans
sa création, Sartre abandonne alors tous ses autres travaux, ainsi
que la suite de son essai portant sur Flaubert : « J’abandonne
la littérature pendant six mois. Je veux qu’il soit bien
dit que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour ce journal. » Libération
lui tient tellement à cœur qu’il participe également
financièrement à sa création, en versant les droits
d’auteur qu’il perçoit pour la publication d’entretiens
avec Benny Lévy. Il accepte d’être interviewé par
Jacques Chancel, pour une radioscopie dans laquelle il parle longuement
du projet, notamment pour ce qui est du style « libéré » que
Sartre souhaite insuffler à la presse française.
Sartre n’écrit que quelques mois dans les colonnes du quotidien,
abandonnant, contraint et forcé, ses activités littéraires,
pour se retrancher, aveugle et donc empêché de lire ou d’écrire à sa
guise. Les derniers papiers qu’il publie dans les colonnes du journal
portent sur Israël, sur la mort de Franco, la libération des
femmes et encore d’autres sujets pour lesquels il s’engage
entièrement et fidèlement, jusqu’à sa disparition.
<retour à la
liste d'extraits__________________________
|