Chapitre 6 : Les grandes défaites
Un perdant couronné
   

Le 24 juillet 1908 a lieu le marathon des Jeux Olympiques de Londres. De la terrasse du château de Windsor jusqu’au pied de la loge royale dans le stade de White City, les participants parcourent 42,195 kilomètres, une distance qui sera officialisée comme celle de tous les marathons. Et malgré la digne présence royale, l’épreuve s’avère rocambolesque…

Au onzième jour des Jeux, les nuages laissent enfin percer les premiers rayons. Le départ du marathon, auquel participent cinquante-cinq coureurs, est donné à 14h33. Le parcours ne présente pas de difficulté majeure, mais le temps est assez chaud.

Le coureur transalpin Dorando Pietri fait partie des favoris. Confiseur, ce Pietri est de petite taille (1,59 mètres) mais possède un fort caractère. Champion d’Italie du 5  000 mètres en 1907, il compte bien aujourd’hui ajouter à son palmarès un titre olympique.

Pourtant, Charles Hefferon prend rapidement la tête. Après un départ prudent, Pietri est alors troisième. A 10 kilomètres de l’arrivée, Hefferon compte encore quatre minutes sur Pietri et six sur l’Américain Johnny Hayes. Mais cinq kilomètres plus loin, Pietri le rejoint, au prix d’un terrible effort. A l’entrée du stade, alors qu’il ne lui reste plus que 200 mètres à parcourir, Pietri vacille et s’effondre !

Le public est fasciné et horrifié à la fois. Tout le monde hurle et c’est l’hystérie collective quand Pietri se relève… pour retomber à nouveau ! Cinq fois de suite ! Tous ceux qui se trouvaient sur la pelouse viennent lui porter secours et Pietri franchit la ligne d’arrivée le premier, mais en étant porté. Il est alors disqualifié au profit de Hayes, arrivé 34 secondes derrière lui.

Déchu, le héros italien a pourtant gagné la sympathie du public. Sir Conan Doyle, le père littéraire de Sherlock Holmes, ouvre même une souscription pour lui offrir un trophée en bronze. La reine est émue par cette aventure. Le lendemain, lors de la remise officielle des prix, elle demande au coureur maudit de monter dans sa loge pour y recevoir une coupe en or… un honneur qui vaut tous les titres olympiques.