Chapitre 5 : ...et jeux d'argent
Citoyens à bon compte
   

Après la banqueroute de Montréal et le boycott américain à Moscou, l’olympisme va mal. En 1978, à la suite du retrait de Téhéran, le CIO attribue, sans vote, les JO de la XXIII e Olympiade à Los Angeles. Et l’organisation des Jeux de 1984 est confiée à un comité entièrement privé…

Tom Bradley, le maire de Los Angeles, n’est pas né de la dernière pluie. En 1978, il organise un référendum sur les JO. La consultation démocratique est explicite : soixante-quatorze pour cent des Californiens sont favorables au projet mais ne veulent pas débourser un dollar. Du coup, Bradley nomme Peter Ueberroth, un businessman aguerri, à la tête du comité d’organisation (LAOOC). Ses trois règles d’or ? L’absence totale de subventions gouvernementales, une guerre sans merci au gaspillage et l’implication indispensable des entreprises privées dans l’aventure. Ancien poloïste de quarante-sept ans, Ueberroth s’attelle alors à la tâche pour boucler son budget de cinq cents millions.

Contrairement à d’autres villes, quatre-vingt pour cent des installati cons sportives existent déjà à Los Angeles. Pour les autres, les sponsors sont mis àontribution. Conséquence : McDonald’s, le géant du hamburger, débourse quatre millions de dollars pour la piscine, la compagnie pétrolière Arco installe, pour dix millions, sept pistes d’athlétisme dont celle du Coliseum et les supermarchés 7 Eleven financent un vélodrome de vingt-quatre millions.

Le patron du LAOOC ne laisse rien au hasard. Les droits télévisés sont négociés au prix fort pour deuxcent soixante-quinze millions de dollars, dont deux cent vingt-cinq millions versés par la chaîne américaine ABC. La billetterie – sept millions huit cent mille tickets – rapporte quatre-vingt-dix millions de dollars. Près de cent quarante entreprises acceptent aussi de parrainer l’événement contre un chèque de quatre millions de dollars chacune. Encore mieux : les dix-neuf mille kilomètres du parcours de la flamme olympique sont mis en vente et défiscalisés pour un total de trente millions de dollars !Au final, même si les pays du bloc de l’Est refusent de participer à ces « Jeux du capitalisme », le LAOOC dégage un bénéfice de deux cent vingt-trois millions de dollars. Les Américains prouvent que les JO peuvent être rentables sans coûter un sou aux contribuables.