Chapitre 4 : Jeux politiques...
Jaunes, noirs, rouges... de honte !
   

Les Jeux Olympiques de 1904 débutent mal. Lorsqu’en 1901, le CIO désigne à l’unanimité Chicago comme ville d’accueil, Saint-Louis menace d’organiser ses propres jeux à grand renfort de dollars. Après plusieurs tractations, Saint-Louis l’orgueilleuse remporte finalement la partie. Pour mieux prouver son arrogance…

Une pathétique mascarade ! Voilà comment qualifier les compétitions organisées les 12 et 13 août 1904. Pour prouver sa consternante supériorité, l’Amérique ségrégationniste introduit dans le programme de l’Exposition universelle de Saint-Louis, qui se déroule en même temps que les JO, des « Journées Anthropologiques ».

Des dizaines de groupes ethniques y sont représentés : il y a là des Ainus du Japon, des Cocopes du Mexique, des Indiens Yehuelche de Patagonie, des guerriers Moros ou encore des Igorots des Philippines, invités à exhiber leurs performances sans toutefois pouvoir participer aux compétitions. Pour l’occasion, Geronimo, le légendaire chef apache, a même été convié… pour attirer un large public. Du marketing sportif, déjà.

Evidemment, la couverture médiatique de ces « Jeux Tribaux » par la presse est affligeante. Le Saint Louis Globe Democrat estime que les Moros nagent « comme des canards » alors que les modestes performances d’un sprinter pygmée sur 100 yards (14’’3/5) attisent les commentaires désobligeants. « N’importe quel écolier aurait fait mieux », lit-on ici et là.

Pierre de Coubertin n’a pas fait le voyage. Tant mieux. « Cette mascarade outrageante se dépouillera naturellement de ses oripeaux, lorsque ces Noirs, ces Rouges, ces Jaunes apprendront à courir, à sauter, à lancer et à laisser les Blancs derrière eux. » Et cette réflexion se révélera visionnaire plus tôt que prévu…

Comme un pied de nez à ce comportement raciste, George Poage, le premier homme de couleur à gagner une médaille aux Jeux Olympiques choisit justement les Jeux de Saint Louis pour remporter le bronze au 400 mètres haies. Et ce n’est qu’un début…