Chapitre 3 : Légendes françaises
La revanche de Cendrillon
   

En 1966, Colette Besson doit participer aux championnats d’Europe de Budapest. Quelques jours avant le départ de l’équipe de France d’athlétisme pour la Hongrie, elle apprend qu’elle n’est pas sélectionnée. Un scandale ! Fou de rage, le journaliste Antoine Blondin écrit alors une chronique au vitriol, dans L’Equipe…

« Quand on empêchait Cendrillon d’aller au bal, écrit Antoine Blondin en 1966, il se trouvait un président charmant pour changer une citrouille en caravelle et lui passer des chaussures à pointes sur le coup de minuit. »Blondin ou pas, Colette Besson n’ira pas à Budapest courir le 400 mètres. Son entraîneur, l’austère Yves Durand Saint-Omer n’est pas dans les petits papiers de la Fédération Française. Qu’à cela ne tienne ! La belle Colette ne baisse pas les bras. Au contraire. Son coach l’a persuadée qu’elle pourrait bientôt courir un 400 mètres en 52’’ et approcher le record du monde de la distance (51’’9).

Deux ans plus tard, pour fuir Mai 68 qu’elle vit au collège de La Réole où elle est enseignante, Colette Besson part quatre mois à Font-Romeu pour s’acclimater à l’altitude. Mexico culmine en effet à 2 245 mètres et les organismes des athlètes y sont mis à rude épreuve. Colette Besson a alors vingt-deux ans.

En arrivant à Mexico, elle n’a réalisé que la vingt-troisième performance mondiale de l’année mais elle se qualifie brillamment en finale du 400 mètres. Sa méthode d’entraînement « à la dure » semble payer. Le 16 octobre 1968, jour de la finale, Colette Besson se retrouve au couloir numéro 5. Les deux favorites sont l’Anglaise Lilian Board et l’Américaine Jarvin Scott. A l’entrée de la dernière ligne droite, la Française n’est que cinquième, mais ses adversaires souffrent. Colette sent les spectateurs se lever quand elle les rattrape une à une, avant de se jeter sur la ligne.

Oui, elle a gagné ! Son chrono – 51’’97 électriques, arrondis en 52’’ manuels – est conforme aux prévisions d’Yves Durand Saint-Omer. Avec ses nattes et ses rubans rouges, Colette pleure. Et la France tombe amoureuse d’elle. Cendrillon a dansé. Cendrillon s’est vengée.