Chapitre 5  : Quand la voix devient visage : Portrait croisé à Bayeux

 

Le 14 juin, à Bayeux, première ville française libérée, le général de Gaulle va rencontrer les Français . Outre l’émotion, le moment est capital car son poids politique futur dépendra pour beaucoup de l’accueil qui lui sera réservé…

Depuis quatre ans, de Gaulle se soucie des sentiments de la population à son égard. L’adhésion de la Normandie n’est plus à prouver ; elle a répondu souvent massivement aux consignes lancées par la France libre. Le sous-préfet vichyste de Bayeux observe : « les commerçant s’ingéniaient à grouper à leurs étalages leurs marchandises de façon à rappeler les couleurs de la France ». Grâce à la BBC, pendant quatre ans, les Normands ont appris à reconnaître la voix du général de Gaulle, aujourd’hui ils vont le voir.

Vers 15h30, il entre dans Bayeux. Les commerçants ont fermé boutique pour se joindre au cortège. De Gaulle écrit : « Nous allons à pied, de rue en rue. A la vue du général de Gaulle, une espèce de stupeur saisit les habitants qui éclatent en vivats ou bien fondent en larmes. (…) Nous allons ainsi, tous ensemble, bouleversés et fraternels, sentant la joie, la fierté, l’espérance nationale remonter du fond des abîmes ».

Mais déjà, de Gaulle arrive sur la place du Château. Maurice Schumann, la voix de la France libre, présente, comme il l’a fait tant de fois à la BBC, l’homme du 18 juin : « Honneur et Patrie ! Voici le général de Gaulle ! » et de Gaulle prend la parole : « Nous sommes tous émus de nous retrouver ensemble, dans l’une des premières villes libérées de la France métropolitaine, mais ce n’est pas le moment de parler d’émotion. Ce que le pays attend de vous (…) c’est que vous continuiez le combat aujourd’hui comme vous ne l’avez jamais cessé depuis le début de cette guerre et depuis juin 1940. (…) Et la victoire que nous remporterons sera la victoire de la liberté et la victoire de la France ! »...

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