Chapitre 5 : Des siècles de déshonneur :
Le lotisseur


Le signal retentit à midi pile. Ce 16 septembre 1893, le président Glover Cleveland autorise plus de cent mille colons à s’élancer sur les anciennes terres des Cherokees à la recherche de la meilleure parcelle cultivable. Ils viennent du monde entier et se ruent dans une incroyable course à cheval, en chariot, en train ou simplement à pied. L’ancien territoire indien est ainsi démantelé, en vertu de la loi Dawes de 1887, ou loi de lotissement.

Le sénateur Henry Laurens Dawes, soutenu par les réformateurs de l’Est et les spéculateurs fonciers de l’Ouest, crée une loi régissant la répartition des terres de réserves communes en propriétés privées et visant à assimiler les autochtones à la société américaine. Cette loi doit permettre de « sauver » les Indiens en détruisant la culture tribale et la vie communautaire au profit de la propriété individuelle et de la nationalité américaine.

Le Congrès organise ainsi le pillage des deux tiers des terres officiellement désignées comme territoires indiens. Quelques arpents sont attribués aux chefs de famille indiens, adolescents et orphelins. Le surplus est revendu par l’Etat sous forme de ventes publiques, de loteries ou d’enchères. Les agents gouvernementaux attribuent les meilleures superficies aux immigrants et les orphelins indiens sont adoptés pour obtenir le titre de leurs lots.

La ruée débute en 1889 avec la colonisation des terres « non affectées » en Oklahoma. La croissance rapide de la population immigrante et l’arrivée du chemin de fer permet au gouvernement de redéfinir la notion de propriété. Les Ranchers critiquent la faible densité indienne et l’usage collectif de vastes espaces peu exploités.

Cette loi détermine aussi un niveau de métissage facilitant le lotissement. Les Indiens doivent être inscrits sur des registres après qu’une certaine « quantité de sang » ait été officiellement reconnue. Cette méthode gouvernementale se heurte à la souveraineté tribale déterminée depuis des siècles par les anciens.