Chapitre 1 : Une Nation contre des Nations : Les cent jours du 3 ème régiment


Le traité de Fort Laramie en 1850 garantit aux tribus la libre circulation sur les vastes territoires des Grandes Plaines. Mais la découverte de l’or dans les Rocheuses en 1858 permet au gouvernement de rompre tous les traités et de parquer les Cheyennes dans des réserves arides. En représailles, une confrérie de guerriers, les Dog Soldiers, mène plusieurs raids contre les colons, alors même que le chef Black Keetle décide de préserver son peuple en renonçant aux terres.

L es attaques des Dog Soldiers fragilisent la politique accommodante de Keetle. Aussi, en 1864, le gouverneur Evans enflamme l’opinion publique et autorise le Colonel Chivington à armer une milice indisciplinée, le 3 e régiment du Colorado. Black Keetle se rend alors à Denvers pour s’assurer de la protection gouvernementale. « Je désire que vous donniez à entendre à tous les chefs des soldats, ici, que nous sommes pour la paix et que nous avons fait la paix. »

Trois ans auparavant, le chef cheyenne a rencontré Abraham Lincoln à Washington. Le président lui a garanti la sécurité en lui offrant un immense drapeau des Etats-Unis. C’est donc sous la double protection de cette bannière étoilée et du drapeau blanc que Keetle installe son camp sur les bords du Sand Creek.

A l’aube du 29 novembre 1864, les hommes de Chivington ouvrent le feu. La majoritédes guerriers étant à la chasse, les soldats scalpent et mutilent sexuellement femmes et enfants. Certains tentent de s’enterrer sous le sable de la rivière. A la tombée de la nuit, près de trois cents corps gisent sur le sol gelé. Parmi eux, Black Keetle retrouve sa femme criblée de neuf balles, mais encore vivante. Le cadeau de Lincoln et l’amitié de Keetle envers l’homme blanc sont partis ce jour là en fumée.

Le 3e Colorado victorieux retourne défiler dans Denvers, exhibant scalps et trois jeunes enfants terrifiés. La réalité des faits prendra le pas sur la gloire. Lincoln punira les bouchers et Kit Carson déclarera qu’il s’agit « d’un forfait de lâches et de chiens ».