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La Révolution noire

Curieuse réunion que celle qui rassemble le14 août 1791 autour du prêtre Boukman à Bois-Caïman, près de Morne-Rouge au cœur des Antilles des « nègres marrons » échappés des plantations. Cette cérémonie vaudoue n’est pas comme les autres. Elle est animée par l’esprit de la révolte… Car l’esprit révolutionnaire qui bouleverse la métropole française a aussi atteint la colonie de Saint-Domingue. Les 500 000 esclaves noirs de l’île réclament eux aussi leur part de liberté. Pourtant, la France révolutionnaire ne leur accorde pas…

La colonie des «côtes et îles de Saint-Domingue en l'Amérique sous le vent», officiellement française depuis 1697, est très prospère. Les grandes familles de colons blancs se partagent de riches terres agricoles cultivées par les esclaves amenés d’Afrique. Pour certains députés comme l’Abbé Grégoire, fondateur de la Société des amis des Noirs, les esclaves doivent eux aussi devenir des citoyens. Les colons ne l’entendent pas de la sorte et menacent de proclamer leur indépendance. L’Assemblée nationale tergiverse…

Les esclaves de la colonie ne veulent plus attendre. Boukman déclenche la révolte. Elle est vite soutenue par les « affranchis », dont un cocher, qui généralise l’insurrection, et bientôt la dirige : François Toussaint, bientôt appelé Toussaint Louverture. Après trois ans de conflits, la Convention finit par abolir l’esclavage dans toutes les colonies de la nouvelle République. Les anciens esclaves ont gagné. Ils sont libres.

La victoire n’est cependant que de courte durée, car Bonaparte tente très vite de revenir sur l’abolition. Poussé par sa femme, il rêve de constituer un Empire colonial dont le cœur serait Saint-Domingue C’est trop tard : les soldats du Gouverneur Toussaint reprennent les armes contre la France. En dépit de la capture du premier général noir de la République, les armées françaises sont mises en échec, et l’ancienne colonie proclame son indépendance le 1 er janvier 1804. Haïti est née.

140 ans après avoir vaillamment combattu les armées de Bonaparte, Haïti rend un immense service à l’ancienne métropole et à la francophonie naissante. En 1944, la délégation haïtienne parvient à faire admettre in extremis le français comme langue de travail de la future Organisation des Nations Unies, aux côtés de l’anglais et de l’espagnol. Une des premières victoires de la francophonie…

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