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Un hymne en l’honneur de Sainte Eulalie

C’est en 1837 qu’un chercheur allemand, Hoffmann von Fallersleben, fait une incroyable découverte à la bibliothèque municipale de Valenciennes : un manuscrit oublié provenant de l’Abbaye toute proche de Saint-Amand, et datant du IXe siècle. Il s’agit en fait d’un recueil de sermons de Grégoire de Naziance, l’auteur d’un texte sur l’unité et la division des langues, dont certaines pages ont été laissées blanches.

Ces pages ont par la suite servi à la transcription romane d’hymnes d’église d’abord écrits en latin, en l’honneur de Sainte Eulalie, peu après la découverte en 878 de son tombeau. Cette séquence, ou cantilène apparaît comme une des toutes premières tentatives de transcription d’un texte latin dans la langue vulgaire du lieu et de l’époque, un dialecte picard-wallon, parent proche du français.

Pourtant, l’habitude n’est pas encore prise de telles transcriptions. L’écrit reste à bien des égards un quasi-monopole du latin, même si dès 813, au Concile de Tours, l’Eglise demande aux prêtres d’effectuer leurs prônes en « lingua romana rustica » c’est-à-dire dans une langue dérivée du bas-latin mérovingien. Une langue présentant l’avantage d’être utilisée et donc comprise par le peuple. En 842, le pouvoir politique emboîte le pas de l’Eglise, avec les serments de Strasbourg, prononcés -et retranscrits- dans la langue des soldats de Charles le Chauve :

Pro deo amur et pro christian poblo et nostro commun salvament d'ist di en avant, in quant Deus savir et podir me dunat, si salvarai eo cist meon fradre Karlo, et in aiudha et in cadhuna casa, sicum om per dreit son fradra salvor dift. In o quid il mi altresi fazet. Et ab Ludher nul plaid nunquan prindrai qui meon vol list meon fradre Karle in damno sit.

Ce n’est plus du latin. Ni du gallo-roman. Ce n’est pas encore du français, mais une « langue vulgaire » qui s’impose entre le règne de Clovis et celui de Charlemagne dans toute la partie septentrionale de la France actuelle, pays de langue d’oïl.

Par ces transcriptions encore timides et hasardeuses, cette langue parlée par le peuple devient, au travers du patient travail des abbayes et des clercs, langue d’écriture…

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