| |
24 décembre 1898. C’est Noël. Louis Renault, vingt et un ans, est un jeune bourgeois qui préfère résolument le cambouis aux dentelles… Au fond du parc de la villa que sa famille habitent surtout le week-end, il s’est réservé un « atelier », presque une cabane. Depuis l’adolescence il y travaille autour d’une forge d’où il extrait lui-même les pièces simples ou sophistiquées d’une merveille : sa première voiturette. Aujourd’hui, elle roule et c’est Noël. Fernand, son aîné, l’a convié au réveillon qu’il fait avec des amis au restaurant.
L’automobile est alors sur toutes les lèvres, pas dans tous les garages. Des centaines de petits artisans, qui fabriquaient calèches et vélos, en produisent ou en assemblent quelques unités chacun par an. Il y a des omnibus à vapeur, des tricycles à pétrole, quelques étranges et lourdes voitures, très chères à construire, à entretenir et bien sûr à acheter. Louis gare son automobile devant le restaurant. Elle est très petite, son moteur De Dion développe… trois quart de cheval ! Mais cet engin possède bien quatre roues, comme les grandes autos et surtout la boîte de vitesses pour laquelle Louis a déposé des brevets.
Les amis de Fernand sont riches, gais et moqueurs… Ça ne marchera jamais. Louis se pique de démontrer le contraire et d’escalader la rue Lepic, une pente rude aux piétons comme aux chevaux. Il amène un convive qui revient charmé, puis un autre et un autre. Cette nuit de Noël est la nuit de l’ascension : la voiturette Renault grimpe douze fois la côte et au matin Renault a ses douze premières commandes. Marcel et Fernand regardent d’un autre œil ce passe-temps qui semble pouvoir rapporter plus d’argent que la mercerie familiale ! Louis se souviendra longtemps que pour convaincre le client, il faut mettre la machine à l’épreuve. |
|