« Mais si, regarde, tout va s’allumer, rien que pour toi... »
Elle ne l’écoute plus, elle rit. Et lui se prépare à claquer des doigts devant la place de la Concorde. Il certifie à Jane qu’il a demandé qu’on allume pour elle tous les monuments de Paris.
Lorsqu’on les a présentés l’un à l’autre, elle n’a pas compris son nom ou plutôt, elle a cru qu’il s’appelait « Bourguignon » ou quelque chose comme ça. Elle ne parle pas trop bien le français encore. C’est ennuyeux car elle est sa partenaire dans Slogan, un film de Pierre Grimblat. Et Serge ne l’aide pas beaucoup. Il tire la couverture à lui, donne la réplique à contretemps, s’amuse de sa détresse.
Le réalisateur en a vite assez. Au bout de quatre jours, il leur donne rendez-vous à dix heures du soir chez Maxim’s. Et il s’est bien gardé d’y aller. Face à face, perdus parmi les autres dîneurs, Birkin et Gainsbourg n’ont plus eu le courage de continuer leur bagarre. Il l’a même emmenée danser. Tout maladroit, il lui a marché sur les pieds. Elle a compris qu’il est timide. Elle a trouvé cela charmant. Il faut dire qu’elle sort d’un mariage raté avec un homme trop parfait qui venait en Jaguar la chercher chez son père.
Maladroit, Serge, mais dragueur quand même. Quand ils arrivent à l’hôtel, le veilleur lui demande s’il veut « la chambre six cent quarante-deux, comme d’habitude? » Jane n’est vraiment pas la première. En plus, il s’endort immédiatement. Il a beaucoup bu pendant toute la soirée.
Mais elle ne lui en a pas voulu. Et les voilà qui se promènent dans Paris. Il claque dans ses doigts et tous les réverbères s’allument. Elle sait que c’est ainsi tous les soirs, à vingt heures précises. Mais elle fait semblant de croire au tour de magie de Serge. Parce qu’elle trouve tout cela « trop mignon... »
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