Les exploits européens de l’ASSE Coupe des Champions 1975-1976
Les poteaux carrés de l’Hampden Park
p. 154-155

En mai 1976, la France est frappée d’un syndrome d’un genre nouveau. Les médecins du corps social s’interrogent : par quelle bizarrerie la nation toute entière s’est-elle entichée de la couleur verte arborée par un club de foot ? La réponse est simple : l’Association Sportive de Saint-Etienne s’est qualifiée pour la finale de la coupe d’Europe des clubs champions.

L’adversaire des Stéphanois est celui qui les a éliminés, l’année précédente, en demi-finale de la même épreuve. A Glasgow, le 12 mai 1976, les Verts retrouvent le Bayern de Munich. Avec, toujours dans ses rangs, Beckenbauer, Muller, Rummenigge…

Trente mille supporters ont fait le déplacement. Mais ce soir-là, quarante-cinq millions de Français ont repeint leur cœur en vert. C’est toute une nation qui est derrière le club du Forez. Le match s’annonce indécis et passionnant. Beckenbauer, en « Kaizer » prémonitoire, a résumé la perspective : « la victoire ira à la meilleure ou à la plus chanceuse des deux équipes ».

Au coup d’envoi, Dominique Rocheteau, le si talentueux Ange Vert, est sur le banc. Diminué par une blessure, il n’est pas en état de tenir une heure trente de jeu. Saint-Etienne fait un bon début de match, domine son adversaire, se crée des occasions de plus en plus dangereuses.

A deux reprises, sur un tir fracassant du gaucher Bathenay et une tête de Santini, le ballon heurte les poteaux du gardien allemand. Mais, les montants des cages du vieil Hampden Park sont carrés, et à deux reprises, le ballon est remis en jeu. Les Verts commencent à douter. Une telle malchance… Seraient-ils maudits ?

La réponse intervient à la cinquante-septième minute. Coup franc pour le Bayern, dans l’axe des buts de Curkovic. Bien placé. Franz Beckenbauer s’avance. Il s’effare du mur qui lui cache la vue, et finalement décale son coéquipier Roth, sur sa droite. La frappe est limpide, elle finit au fond des filets. Rocheteau, entré en cours de jeu, donnera tout ce qui lui reste. Mais ce coup franc de Roth demeurera le seul but du match. Les Stéphanois sont maudits.

 
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